« On vit une époque épouvantable »

« On vit une époque épouvantable »

salman Rushdie reçoit non loin de West Village, où se situe l'action de son dernier livre, dans son bureau de l'université de New York, où, un semestre par an, il donne des cours de creative writing. À cette époque de l'année, la table de travail est nue, tandis que les étagères soutiennent, d'un côté, ses propres livres en diverses traductions mêlés à des ouvrages d'histoire globale et, de l'autre, la dizaine d'ouvrages qui figurent à son programme d'écriture non fictionnelle : Les Armées de la nuit de Norman Mailer, les reportages de Joan Didion, et autres classiques du « nouveau journalisme » des années 1960-1970.Rien ne pourrait être plus éloigné de ses propres livres. Le précédent, Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits décrivait un New York multiculturel et enchanté ; le nouveau, La Maison Golden, qui se veut une chronique sociale réaliste, lorgne cependant du côté des comics (Donald Trump y apparaît sous la figure du Joker, le méchant des aventures de Batman). Ni l'un ni l'autre de ces romans n'est dépourvu de faiblesses, mais celles-ci sont intéressantes. L'époque est à la réalité politique la plus sordide et chaotique, et Salman Rushdie, le chantre du cosmopolitisme globalisé des années 1980-1990, semble déchiré entre ce constat et le refuge dans l'imaginaire.

Marc Weitzmann. - Comment est né ce livre ?

Salman Rushdie. - Il est issu de deux idées dont j'ai fini par comprendre qu'elles n'en formaient qu'une. Mon roman précédent Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits était un roman sur New York, mais un New York féerique. Après l'avoir achevé, j'ai eu le sentiment très puissant que j'étais allé très loin dans cette direction et que je ne me voyais pas poursuivre. Et je me suis demandé pourquoi ne pas essayer de faire l'inverse : écrire un roman social réaliste sur le New York des dix ou quinze dernières années. J'ai commencé à lire ce genre de livres de manière intensive. Un autre pays d ...

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